En voilà un voyage !

Cher Parents

En voilà un voyage ! 36 heures depuis que je suis en route et encore pas de destination. Heureusement que j’adopte le principe du poilu chasseur, « Faut pas s’en faire » avant d’en avoir la glorieuse livrée. Voici mon voyage jusqu’ici.
Après vous avoir quitté hier matin, j’ai pris le train qui m’a débarqué à Blesmes (avant Vitry le François) à 6h -1/4, dans une salle d’attente plus que glaciale. J’y ai pioncé jusqu’à 7 heures. J’ai alors gagné le buffet qui était chauffé, et j’ai pris un verre de jus brûlant qui m’a réchauffé le sang, en compagnie de 4 poilus qui riaient comme des bienheureux et qui m’ont bien dilaté la rate. A 8h1/2, le train s’est radiné et nous a mené cahin-caha, rouli-roulant, trainé-trainant, jusqu’à Chaumont où j’ai débarqué à midi et ½. Inutile de vous dire que mon voyage s’est effectué toujours en compagnie de poilus. Les trains en sont bondés.
A Chaumont, le train de Langres avait 1 heure de retard annoncé… (zut ! je trempe ma plume dans mon café, sans faire attention !!)
Je suis entré au buffet et me suis fait servir un petit repas. Après j’ai alors gagné la salle d’attente qui était bondée, et j’y ai attendu l’express jusqu’à 8 heures du soir ; impossible de sortir en ville, le train devant arriver à chaque minute, et la neige tombant à gros flocons. Finalement, pour passer le temps, j’ai acheté un bouquin de Bordeaux « Jeunesse nouvelle », livre de guerre, destiné, dit la préface à exalter le courage des jeunes soldats, donc tout à fait de circonstance. A 8 heures, l’express de Paris-Belfort est arrivé. Il avait été arrêté par des tas de trains de troupe remontant vers le Nord. A 10 heures moins le quart, nous sommes entrés en gare de Langres. Le train pour Dijon était parti depuis longtemps, le prochain était à 6h 6 du matin. Obligé de coucher à Langres, je cherchais un gite. Impossible de trouver une chambre, la ville se trouvant à 2 km de la gare, et la nuit étant extra-noire. Le Buffet me fournit alors le repas du soir ; puis j’ai gagné la salle d’attente où j’ai commencé la vie de poilu, en me couchant voluptueusement sur le plancher, la tête sur ma musette encadrée par une pile de sacs et un soldat. Vous dire que j’ai passé là une nuit excellente serait mentir. Pourtant j’ai fait un bon somme, fréquemment interrompu par de nouvelles arrivées de poilus, qui partagèrent ma couche !! Le lendemain à 6h ½ du matin nous partîmes pour Dijon. Arrivée à 11 heures ½ du matin. Après avoir consulté l’horaire et m’être aperçu qu’il n’existait pas de train praticable pour St Jean-de-Losnes avant le lendemain, je décidai de coucher ici; et je retins une chambre à l’hôtel de la Cloche. J’y fit ma toilette, et je partis prendre ma pâture. Et je vous écris en prenant mon café. Je tacherai de voir Mme Tangre. Je vais visiter la ville qui n’a pas l’air bien épatante et beaucoup moins animée et intéressante que Nancy. Je partirai demain matin pour St Jean, et Lons le Saulnier. Impossible de faire autrement.
Voilà mon odyssée !! J’espère que vous n’avez pas eu de journées aussi mouvementées à Bar et je vous quitte en vous embrassant tous.

P.Collot

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