Nous prenons maintenant la vraie vie de caserne

Lons-le-Saulnier, le 9 avril 1917

Foyer LEDONIEN
DU
SOLDAT
—-
SIEGE SOCIAL
au Casino des Bains
———

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jusqu’à nouvel ordre

 

Cher Parents

Depuis que je vous ai écrit, il s’est passé une petite transformation dans ma vie. En effet nous avons été transféré du séminaire-dépôt aux nouvelles casernes. La Compagnie d’instruction est arrivée vendredi et nous sommes, partis avec elle. Le Capitaine Faure, cela a l’air d’un chic type. Il nous a appelé, Gérard et moi et après nous avoir fait décliné nos nom noms et qualités, il nous a félicités de notre courage et de notre ardeur et nous a dit qu’il comptait sur nous pour donner le bon exemple. Un salut : Oui mon Capitaine » et il nous a congédiés.
Nous prenons maintenant la vraie vie de caserne : lits carrés, paquetage régulier et méthodique, etc., mais nous allons quand même à la soupe au séminaire matin et soir. Cela nous fait une promenade. Vendredi, comme menus : Matin : soupe, lentilles et 2 œufs chacun, Soir : soupe, patates et morue. J’ai mangé cette dernière avec délice : je mourais de faim. Oh ! Maintenant je suis fait à tout, j’engloutis tout : choucroute, navets, carottes, choux-raves, macaronis, etc. !!! 5 jours de caserne ont suffi pour cela. Ces progrès sont dus à mon appétit féroce : toutes les 2 heures, je crève de faim, heureusement que j’ai toujours au fond de ma musette un peu de « bricheton » en rabiot et que je prends mes précautions… sans cela je serai à la torture.
Le Vendredi saint é été assombri par la disparition toute mystérieuse de mon fidèle couteau. Un camarade me le demande, il me le rend, je le pose à coté de moi sur mon lit, on m’appelle, je cours, et à mon retour l’instrument coupant était disparu. J’en suis bien embêté. J’ai fait des perquisitions bien en vain, et ma poche reste vide de ce fidèle serviteur. Quelle scie !!

Samedi matin : j’ai été à la visite, on m’a fait exhiber mon torse nu, et délicatement, en dilettante, le major m’a introduit bien doucement entre la peau et l’omoplate une ration de vaccin anti typhoïdique. Cela m’a couté : 2 nuits sans sommeil, un peu de fièvre, un bras à demi ankylosé, 2 jours de repos. Et dans 15 jours, on m’enverra la deuxième ration. 15 jours après encore on m’introduira le vaccin anti-paratyphique. Pourvu qu’on ne m’en colle pas un troisième : para-anti-para-typhique !!!
Dimanche, c’est Pâques : triste temps ; il neige, il pleut. J’ai pu aller à la messe de 11h mais il a fallu que je me dépêche après le rapport. Pour fêter un peu … la fête, j’avais acheté une espèce de gâteau, que nous avons mangé, Gérard et moi, en buvant une tasse de café. A 2 heures, je suis allé aux vêpres. Après, on s’est cordialement embêté, car Lons-le-Saulnier (on dit Lonsse) est morne, morne !! Puis nous sommes allés au foyer, bouquiner un peu.
Voilà comment j’ai passé Pâques. Pour parler franc, j’ai eu un peu le cafard de passer ainsi cette fête loin de vous, bien différemment des autres années !
Mais j’ai réagi bien vite, car un chasseur qui a le cafard au dépôt l’aura au front ! et je ne veux pas l’avoir…. Et j’espère bien ne pas l’avoir.
Lundi, il pleut ; Nous avons pensé avoir quartier libre l’après-midi, mais non, nous sommes restés en chambrée à nous tourner les pouces. La seule distraction de la soirée a été l’explosion d’une cartouche dans le poêle, explosion qui nous a tous fait sauter en l’air, au figuré bien entendu… car notre assiette est plus solide que cela.
Il pleut à torrent, il fait froid : voilà le printemps dans le Jura.
Je veux espérer qu’il n’en est pas de même à Bar, que vous ne faites plus d’autodafés avec les pauvres bâtiments de pauvres collégiens et que vous ne subissez pas les vaccins anti-ti-ti… Le souffle me manque pour achever ces grands mots qui vous démontent la machine et dont la teneur vous conduit à une démangeaison et à une démantibulassions de l’épaule.

 

En attendant de vos nouvelles, je vous embrasse tous affectueusement

 

Chasseur Collot

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