Maintenant, parlons un peu des bleus : ce sont de véritables gosses, pour le caractère et la stature.

Lons-le-Saulnier

                                Le 16 avril 1917

 

Cher Parents

Enfin ! Voilà un meilleur moment pour vous écrire. Je suis à peu près tranquille parce que je suis toujours consigné avec les bleus de la classe. Ce sont eux la cause de la brièveté de mes lettres : ils envahissent tout, braillent, chantent et laissent peu de répit. Aujourd’hui, il y a accalmie, et je vous écris, à cheval sur mon lit, ma feuille appuyée sur ma boite à masque (papier de fortune ! Mettez-en quelques feuilles dans le paquet).
Maintenant, voilà les nouvelles franches et nettes : je commence la vraie vie de caserne. Les lits carrés, les paquetages savamment échafaudés, les « fixe » et les « Garde à vous » qui retentissent à chaque instant, en témoignent.
C’est plus dur, mais plus intéressant. Enfin on va travailler sérieusement et être nourri et vêtu en conséquence.
1) Nous sommes très bien nourris, le cuistot est épatant et le pain abondant.
2) Nous sommes à peu près vêtus. Nous avons la tenue horizon comme tenue d’exercice et la tenue bleue chasseur comme tenue de sortie. Linge de corps en suffisance et tout neuf.
3) Nous commençons l’exercice : ce que nous faisons jusqu’ici : l’école de section. Je la connais à fond, nous la faisions en gym à Sigis. Hier nous sommes allés aux douches et à l’habillement. Aujourd’hui nous avons passé la révision devant tous les officiers, etc.. J’ai augmenté d’1 kilo (62k) depuis que je suis ici.
Je n’ai fait que montrer mon poil, la visite étant simplement une formalité pour nous les engagés.
Maintenant, parlons un peu des bleus : ce sont de véritables gosses, pour le caractère et la stature. Je suis parmi les plus costauds. Ils sont assez dégourdis, quelquefois trop. Hier, il y en avait un qui engueulait tranquillement son caporal. Je n’en ai encore trouvé qu’un de condition sociale analogue à la mienne, mais je l’ai reperdu et ne le reconnais plus. Car, ma foi, ils se ressemblent tous, ces bleu s! C’est tordant de voir leur air ahuri sous l’uniforme. Je comprends bien qu’on a raison de ne pas les laisser sortir maintenant. Mais j’aimerai autant que nous, les engagés, les anciens, on nous laisse sortir. Je crois que cela ne tardera pas et je pourrai vous écrire de plus grandes lettres que celle-ci. Pour avoir la fin, il faut les moyens.

J’ai reçu la lettre de Jeanne ce matin. Je la remercie ; j’espère que tous les éclopés vont mieux et je vous quitte en vous embrassant tous affectueusement.

P. Collot

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