Lundi, le matin j’ai fait le terrassier, mais mon épaule endolorie m’a vite fatigué

Lons le 18 Avril 1917

Cher Parents

Je suis en retard aujourd’hui pour vous écrire, et je me dépêche de rattraper le temps perdu.
Depuis ma lettre de vendredi, pas grand-chose d’extraordinaire : samedi matin j’ai été vacciné contre la typho, pour la 2ème fois, et j’ai été exempt de service toute la journée. J’en ai profité pour faire la connaissance de l’enfant de troupe. C’est le fils d’un adjudant du 5, il s’appelle Lemaître, cela a l’air d’un bon garçon, ainé de 6 enfants. Il est tout au courant du métier militaire. Il était à l’école militaire des Andelys, jusqu’ici.
Dimanche, j’ai eu un peu la fièvre et bien mal au bras. Je suis sorti quand même. Je suis allé à la messe de 11 heures, puis je me suis promené avec Gérard jusqu’à 3 heures ; comme il commençait à pleuvoir, Gérard, Lemaître et moi, nous avons voulu voir ce qui était le Ciné ici. C’était plutôt moche, et nous n’y retournerons pas. Le soir nous avons soupé modestement en ville.
Lundi, le matin j’ai fait le terrassier, mais mon épaule endolorie m’a vite fatigué. Le soir, j’ai fait la femme de ménage, j’ai nettoyé des fenêtres au pétrole : travail intéressant entre tous. Il est arrivé en tout un bleu de toute la journée, et encore c’était un réformé rappelé.
Mardi, le matin j’ai passé une dizaine de poêles au noir, ce qui m’a rendu aussi noir que ma marchandise. Le soir, j’ai continué mon intéressante besogne. A 4 heures il est arrivé 40 bleus, tous du recrutement de Besançon ou Vesoul : joyeux gars, bien délurés, mais bien malingres. Ils sont assez gais. Je leur ai rendu des petits services à rendre ; ils ont l’air de bien braves gars.
Nous mangeons ici 3 fois mieux et 3 fois plus abondamment. On a du pain à volonté. Nous sommes très, très bien. Mais aujourd’hui, nous sommes consignés à cause des bleus. C’est assez ennuyeux, et je vous écris mal campé, avec des moyens de fortune. Je suis même très mal pour écrire. Les bleus chantent, rient, etc..
Excusez mon gribouillage, je vous récrirai demain, si je peux.
J’ai reçu les bonnes lettres de Bebeth et de Guite, j’espère que vous avez reçu les miennes, et je vous quitte en vous embrassant tous très fort.

P. Collot

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