Depuis ma dernière lettre de dimanche, ma vie a changé du tout au tout

CAFE DU BALCON
Loans-(le-Saulnier                                          le 25 Avril 1917

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Chers Parents

 

Depuis ma dernière lettre de dimanche, ma vie a changé du tout au tout. J’ai commencé la vraie vie du chasseur, ou tout au moins, celle de l’apprenti chasseur. La méthode de Joinville est appliquée dans toute sa scientifique rigueur. Je crois qu’elle va nous donner à tous un redoublement de force musculaire. Les courses sont de tous acabit, lancers de poids, d’haltères, seront, je le suppose efficaces pour nous donner des jarrets d’acier, et des muscles de fer. Car il faut te dire, nous les avons tous plus ou moins en caoutchouc. Dans 2 mois il sera vulcanisé.  En attendant, nous sommes vannés.  Surtout que tous les exercices de l’école du soldat alternent avec la gymnastique.
Nos pieds ne sont pas à la noce déjà dans nos énormes brodequins, et on les fait trotter à tel point qu’une paire de chaussettes (cadeau de l’Etat) mises dimanche, est en lambeaux et dégénérait de plus en plus en chaussettes russes, si je n’y avais mis ordre. La nuit, je peux à peine étendre mes jambes, mes genoux grincent presque à chaque moment. Et pourtant les pauses sont assez nombreuses dans la journée (1 quart d’heure toutes les heures, et repos de 10 ½ à 14 heures). Heureusement la nourriture est en conséquence : car si nos pieds gonflent, nos estomacs se creusent. Tous les matins à 7 heures : casse-croute et jus, et pour les précautionneux : 1 à 2 morceaux de pain par pause : c’est formidable ce qui s’engloutit ici chaque jour. Nous sommes très, très, très, bien nourris.
Il faut malgré tout des sursauts d’énergie pour résister.
Ainsi hier nous avions à traverser la ville pour aller au séminaire à l’habillement. Eh bien, tout le monde a oublié la fatigue de toute la journée pour défiler, jarrets tendus, tête haute, en vrais chasseurs.
C’est d’ailleurs le remède employé par nos instructeurs pour relever les courages : avant les exercices, on marche quelques 100 mètres, en chantant le Sidi-Brahim. Je vous assure qu’il y en a peu pour trainer la savate. Enfin cette nouvelle vie est aussi intéressant que fatigante. Cela nous dresse !!!
Demain, le général Brichim, commandant la 8ème région, doit nous inspecter. Aussi, branle-bas dans le casernement. Les paquetages, les lits se rectifient. On se donne un petit coup de main entre camarades, et tout s’arrange. Je ne vois rien de plus à vous raconter pour aujourd’hui. J’écris de suite au cousin de Mme Denizot, et je vous quitte en vous embrassant tous de tout cœur.

 

P. Collot

 

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