Nous sommes classés d’après les performances ! Je suis dans les moyens et dans une chambrée d’instituteurs

Lons-le-Saulnier, le 29 avril 1917

Foyer LEDONIEN
DU
SOLDAT
—-
SIEGE SOCIAL
au Casino des Bains
———

Chers Parents

J’ai reçu aujourd’hui la lettre d’Elisabeth, mais je n’ai pas encore vu la couleur du colis. Je veux espérer que cela ne tardera pas et que bientôt je serai satisfait. Il est temps, car hier on a pris la liste des candidats élèves aspirants. Nous sommes 25.
La plupart sont des normaliens, car cela fourmille ici… Voici maintenant mon journal :
Vendredi .- Repos en raison des fatigues précédentes. Repos c’est-à-dire : théories toute la matinée. Le soir nous sommes allés nous promener sur le plateau de Térigny, par un temps magnifique et torride, et la haut, j’ai goûté d’un nouveau métier : tailleur de balais de bois. Cela a du reste été facile, et en 5 minutes, chacun était muni d’un solide balai de genets, que chacun rapporta triomphalement aux Mouillères pour les besoins présents et avenirs du camp.
Samedi.- On vaccine contre la typho, nos bleus. Exempté pour la bonne raison que j’avais déjà affronté l’épreuve, j’ai eu repos toute la journée. J’avais acheté en prévision un bouquin « Grandeur et Servitudes Militaires » d’A. de Vigny, que j’ai bouquiné toute la journée, ou du moins, une partie, l’autre ayant été consacrée au sommeil. A 5 heures, comme je me disposais à sortir j’ai rencontré à la grille Mr Beis dont j’ai été très heureux de faire la connaissance.
Il a 25 ans, il est fiancé et affligé d’une maladie de cœur dont il parait assez souffrir. Il m’a mis tout de suite à mon aise, m’a conduit à sa chambre, et très aimablement m’a invité à revenir tous les jours y lire, y travailler pour le concours. Je serai très heureux d’en profiter. Pour mieux entrer en relation, il m’a invité à partager son sommeil (qu’est-ce que je dis…) son souper mercredi soir. C’est un homme charmant. Il m’a indiqué un patronage où les militaires sont très bien reçus. Je tâcherai d’y aller la semaine prochaine.

Dimanche.- Le matin, le quartier étant consigné la matinée, on a conduit en rang et au pas cadencé les chasseurs amateurs à la messe de 7 heures. Nous étions à peine 14. Ce n’est pas énorme.
Le soir, promenade militaire sur les hauteurs. J’ai fait la connaissance d’un nouvel engagé de la 19, Collardel, fils d’un commandant du 5 qui a été tué. Il a l’air très gentil. Nous avons fait aussi un transbordement de chambrées. Nous sommes classés d’après les performances ! Je suis dans les moyens et dans une chambrée d’instituteurs, pédagogues en herbe, très vaniteux de leur savoir. Je les laisse à leur érudition de surface… Dans ma piaule, il y a un jeune père de famille marié, avec 2 enfants, de la classe 18. Il n’est pas en retard.
Je ne vois pas grand-chose de nouveau à vous dire, notre repos amenant pénuries de nouvelles. En voici quelques-unes cependant.
Dans 2 mois, le contingent part au Front des Rousses, sur la frontière suisse.
Bientôt, dans 2 à 3 semaines, les candidats aspirants partiront au Valdaron, près Besançon, commencer l’instruction pour le concours.
Je vous quitte maintenant, en vous embrassant tous bien affectueusement.

P.Collot

Excusez mon encre, mon porte plume réservoir a besoin d’un remplissage et nettoyage.

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