Finalement, éreintés, gelés, nous allâmes échouer dans une espèce d’abri pour permissionnaires et je m’endormis délicieusement sur une planche inclinée agrémentées d’une fine couche de paille hachée…

Camp du Valdahon
Dimanche 13 Mai 1917

 

Chers Parents

Enfin, je peux vous écrire un peu moins brièvement que précédemment et vous donner un peu plus de détails sur ce coup de théâtre dans ma jeune carrière militaire.

Mardi dernier, 8 candidats inscrits sur les 25 proposés ont été appelé au Bureau.
Voici leurs noms :
Schmitt – fils d’un Lieutenant-Colonel tué, ami de Guissot.

Pichon – fils d’un professeur de Besançon

Collardel (engagé)– fils d’un commandant du 5, tué.

Lemaitre (engagé)– enfant de troupe

Desbordes – Normalien

Thomasson – Normalien

Et Bibi !!

Là, on nous apprit que nous allions être dirigés sur le Valdahon, comme je vous l’ai écrit. Alors mercredi, sous la conduite d’un caporal, chargés comme des mulets, sac, équipement complet, nous partîmes pour Besançon à 5 heures du soir, et nous y fîmes notre entrée à 10 ½.

Après avoir déposé notre barda à la gare nous descendîmes tous en ville pour trouver un logis. Ce ne fut pas chose facile. Le Caporal s’en alla coucher en famille et nous laissa à la conduite de Schmitt qui avait habité Besançon avant la guerre. Nous fîmes tout le tour de la ville dans la nuit, après avoir cassé la croute, sur un éventaire vide sur une place, à la lumière d’un bec de gaz.
Tous les hôtels se fermèrent devant nous, alors nous primes la décision d’aller coucher sur un banc dans un parc. Alors nous allâmes nous installer comme nous l’avions dit sur un banc. La tête sur mon bidon, et ma gamelle, je m’endormis comme un bienheureux, près d’un jet d’eau sous les grands arbres.
Vers 2 heures du matin, les copains qui avaient froid et ne pouvaient dormir me réveillèrent. 4 partirent vers un hôtel où on avait trouvé 1 seule chambre à 2 lits, et moi, Collardel, Scmitt, Lemaitre, nous recommençons notre ballade nocturne, visitant la ville à l’aide d’un lampe de poche, que l’on braquait sur tous les monuments dignes d’attention. Finalement, éreintés, gelés, nous allâmes échouer dans une espèce d’abri pour permissionnaires et je m’endormis délicieusement sur une planche inclinée agrémentées d’une fine couche de paille hachée… A 5 heures du matin, tous les 4 debout, nous fîmes notre toilette à une fontaine, et béret sur l’oreille, musette au coté nous fimes de jour, ce que nous avions fait de nuit. Il me semble avoir rencontré Mme Guissot à 7 heures sortant d’une église, mais je ne me suis pas arrêté, n’étant pas sûr…

Nous avons diné à une cantine militaire et à 4 heures, nous avons repris le train de 5 heures et nous arrivâmes ici à 7 heures. Nous sommes sur un plateau isolé dans une ville de caserne et de boutiques. Cette solitude me plait assez : on est libre comme l’air au moments de repos, mais un peu éloigné des commerçants. Nous sommes ici pour quelques temps, et je crois que j’en sortirai bronzé comme un jamaïcain ; le soleil ne cessant pas de briller.
Jusqu’ici, nous n’avons pas trop turbiné, nous nous installons seulement.
Maintenant je vais vous demander quelque chose.
Mardi, au magasin, on devait nous donner 2 paires de souliers neufs pour partir. Je n’ai pu avoir qu’une paire de chaussures de repos épatantes et une vielle paire de godillots qui s’ne va en lambeaux. Je serais très heureux si vous pouviez m’envoyer ici une paire de brodequins militaires règlementaires pointure 42 et une paire de bandes droites de 4 mètres. Le tout ferait très bien mon affaire. Je suis le plus mal nippé de tous pour les pieds et les jambes.
Faites pour le mieux et le plus vite possible.
Maintenant je voudrais bien avoir de Jeanne une photo récente de la famille de ces temps derniers. Je n’en n’ai que des anciennes déjà trop loin dans le passé. S’il était possible, j’en voudrais une aussi de Françoise, pour voir si elle a changé. Les photos sont d’excellents dérivatifs contre le cafard, voilà le pourquoi de ma demande.
Si la solitude est une bonne chose, elle peut, poussée à l’excès être nuisible à de jeunes troupiers désireux de distractions plus variées et cherchant un peu à améliorer leur sort.
Je pense recevoir demain un mandat, car mes fonds s’usent dans ces tribulations.
Pour le concours, priez pour moi, S.V.P.. Cela sera dur, dur ! La préparation laissant à désirer par suite des ??? ???, et la vie militaire vous enterrant un peu vos connaissances de toutes sortes. Je compte sur vous, vous avez plus facile que moi, puisque je ne peux même plus aller à la messe le Dimanche
Au revoir, Cher Tous, je vous embrasse bien affectueusement.

P.Collot

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