Si cela ne nous fait rien à nous autres de nous faire casser une aile au front, nous ne tenons pas à nous faire amocher à bêtement à l’arrière

Aux Armées
le 1er Septembre 1917

Cher Parents

Vous allez trouver ma lettre bien tardive : elle l’est en effet, j’avais attendu en effet une lettre de vous aujourd’hui pour vous répondre et comme sœur Anne je ne vois rien venir. J’écris donc pour ne pas à mon tour être trop en retard.
Je suis toujours à E. mon cours de bombardiers, fort intéressant, et rassurez vous, Ma Mère, peu dangereux. Tous les explosifs du monde : chédolite et autres nous passent bien par les mains, mais on est prudent, et si cela ne nous fait rein à nous autres de nous faire casser une aile au front, nous ne tenons pas à nous faire amocher à bêtement à l’arrière… C’est très instructif et très intéressant. Aujourd’hui l’effectif des élèves bombardier est fort réduit. On a en effet demandé hier soir un renfort pour le dépôt divisionnaire et j’ai cru un instant en être , l’effectif des compagnies est assez réduit en effet par suite des permissions agricoles., il aurait fort bien pu se faire que je sois dirigé vers le « Rif »  subito presto. Il n’en n’a rien été : le 5ème à fort peu donner d’homme et deux de mes « confrères » sont seuls partie des bombardiers.

Les cours continuent cependant et j’en ai jusqu’à dimanche prochain.
Nous faisons tous les jours notre camping, et c’est fort peu agréable en ce moment, la Providence allonge en effet fort peu opportunément les sauces, avec les rafales de pluie, et les saupoudre avec encore trop d’empressement d’aiguilles de pin. Notre ragout est toujours aussi détestable ! Heureusement que nous avons le palais paralysé !!

Et la vie est plutôt chère ici ! Je vous prie de le croire !

Demain, c’est dimanche, et je ne sais trop ce que nous ferons le soir, peut-être irons-nous pour la modique somme de 25 centimes grossir la foule des amateurs de Ciné, surtout s’il pleut. Le dimanche, on est bien content d’être libre et on ne sait que faire ! On reste alors, comme l’ami Bidas « les bras ballants, devant les monuments ».

Il y a 3 ans, à cette époque-ci, nous avions à Bar de plus grandes occupations ! Irez-vous à Vassincourt cette année sur les tombes ? Vous pensez à mes confrères alpins qui y tombent. Ils étaient du 6ème Chasseur, et si je suis justement chez eux en subsistance pour le moment… simple coïncidence !
J’ai remarqué ceci l’autre jour en voyant le tableau de leurs exploits au quartier. Vassincourt y était en tête et en bonne place ! Il y a 3 ans, qui m’aurait dit que je les aurai à mes côtés ou vice versa !
Qu’Elisabeth aborde un jour le gras Frisé, et lui dise de ma part que la race des fils à papa et des gommeux doit disparaître, et qu’il y a de la place au Rif pour lui ! Du reste, il ira de grès ou de force l’année prochaine.
Faites mes froides amitiés au jeune André Pougi(?), et pour vous tous recevez mes plus affectueux baisers.

P.Collot

 

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