A ce propos, il nous en est arrivé une bien bonne l’autre jour.

Aux Armées le 6 Septembre 1917

Cher Parents

J’ai reçu avant-hier la lettres de Jeanne qui s’était croisée avec la mienne et qui était aussi longue qu’intéressante. Pourtant, une petite chose m’a offusqué. On me fait (ou plutôt « Elle ») le sanglant reproche de ne pas lui avoir souhaité sa fête ! C’est à tort, le samedi 18 août, je lui ai écrit de Gray une carte dans ce but, ne sachant pas au juste la date de cette fête. Malheureusement, par erreur, la Poste à intercepté mon message ! Qu’y puis-je ? Rien, sinon lui réapporter mes vœux 15 jours après.
Cet incident réglé, parlons d’autre chose.
Mon stage de bombardier se termine, et je n’en suis pas fâché. J’aime autant mon taudis de D. que ces immenses casernes et leur vie trop réglée ; et ma foi ! bien que je ne sois pas difficile, la nourriture était trop sommaire et trop peu abondante, surtout avec ces bivouacs quotidiens. A ce propos, il nous en est arrivé une bien bonne l’autre jour. Après avois fait cuire et manger nos patates au lard rance d’Amérique, notre cuistot improvisé fait mijoter avec soin et précaution nos pauvres morceaux des « barbaques » (c’est de la viande, pour les non-au courant), et quand tout fut prêt et à point, triomphant il nous apporte son ragout aux ognons. Malheureusement, il y a loin de la coupe aux lèvres, et au moment où il allait poser le substantiel rata sur la table, patatras ! il bute et notre pauvre bidoche s’en va rouler dans les aiguilles de pin et la bruyère. Les premiers moments de stupeur passé, chacun sauta sur un morceau et courut le transformer en une savoureuse grillade, sur le foyer tout braiseux. Ce fut délicieux, et le pauvre cuistot nous vit peut-être trop vite consolés.

Vous voyez que nous envisageons tout du bon côté et que nous sommes des hommes de décision !

Chaque jour, de petits incidents de cette sorte varient et troublent heureusement la monotonie des journées. Par exemple, avant-hier, c’était moins gai : un taube se baladant dans nos parages, des culots d’obus de tout calibre nous tombait sur le pif et nous forcèrent à évacuer la zone.

Demain, ce sera sûrement très drôle il fait un vent et il pleut !!! Pire qu’à Bar ! Il fait absolument « tout peut »( ?).
Il a fait le même temps dimanche et la journée a été peu gaie. Le matin, lever à 7 heures, flânerie jusqu’à 10 heures. A 10 heures : la soupe, puis nous sommes allés à la messe. Ensuite : un bock, et nous sommes allés au Ciné, on s’est ennuyé plutôt ; en sortant : un bock et nous sommes allés au musée, pauvre comme job et peu captivant. Nous avons soupé d’un sandwich et d’un bock et tout doucement, nous sommes remontés au perchoir plutôt fatigués et peu satisfait de notre journée.

Voilà à peu près tout ce qu’il y a de neuf ici !

Nous allons retourner à la Compagnie à D., où nous trouverons l’effectif bien réduit par suite d’un renfort. Il y a maintenant autant d’hommes que d’officiers et j’ai bien peur qu’arrivé là-bas on nous colle ordonnance de ces messieurs ; moi qui arrive à peine à servir ! Du coup je ferai venir Elise ! Elle pourrait peut-être trouver un parti ! Il y a de fort jolis garçons !

Et quoi de neuf à Bar ? Etes-vous allés à la 1ère communion à Vandoeuvre ? La combinaison Payen n’a donc pas marché ?

La prochaine lettre me renseignera là-dessus et sur le reste.

En attendant, je vous quitte en vous embrassant tous bien affectueusement.

P.Collot

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