Cela prouve que le ciel nous voit d’un bon œil et nous protège.

Lundi 10 sept. 1917

 

Cher Parents

Je rouvre ma lettre car je reçois à l’instant la lettre de Jean et Maman et je suis tout bouleversé par vos récits de vos souffrances.
Croyez-moi si vous le voulez, mais j’en ai eu le pressentiment.
Le 4 au soir, je remontais d’Epinal en voyant le ciel, si beau, je dis : « Lemaitre, pourvu qu’ils ne bombardent pas Bar, et toute la soirée, j’ai envisagé cette hypothèse…

Le lendemain, en lisant les journaux j’ai appris que Bar était bombardé et qu’il y avait eu des victimes. J’ai eu tout de suite le pressentiment que vous en avez souffert plus particulièrement et j’ai été inquiet toute la journée. Plusieurs fois, j’ai été appelé au bureau et ailleurs, et chaque fois j’avais une frousse terrible que ce ne soit pour apprendre une mauvaise nouvelle. Ne recevant rien, je me rassurais et riais même de ces idées baroques.

Pourtant, je ne m’étais pas trompé, bizarre fait de télépathie.
Pauvre Maman ! Comme tu as du avoir peur ! et la pauvre Franbiche ! J’espère qu’elles sont complètement remises de leurs émotions ! Jean et ses frères ont eu une belle veine ! Cela prouve que le ciel nous voit d’un bon œil et nous protège. Je parle du ciel céleste, car l’autre a bien des sentiments totalement opposés, surtout quand il recèle en ses flancs de ces affreux boches.
La véranda est-elle démolie ? Et notre chambre, qu’a-t-elle eu à souffrir ? Jean me racontera cela. Le l’institue : Narrateur universel et principal de ces évènements. Il touchera une légère prime à chaque permission. Mais qu’il mette la main à la plume pede presto à chaque récidive Boche ou autre fait. Cela n’empêchera pas les autres de compléter.
J’espère que vous êtes plus tranquille maintenant.
Que Jean tâche de dénicher des éclats pour mon musée, s’il est là encore.
Achevez de donner des détails…
Je meurs de curiosité et d’intérêt ! En tous cas, écrivez-moi aussitôt chaque fois après ces trucs-là ! Car je vais être plus ou moins inquiet chaque fois que j’apprendrai des bombardements.
Je viens de causer avec un type du 6 Alpin, qui m’a raconté la bataille de Vassincourt où il était.

Je me dépêche, il faut que je me sauve sans Adieu, je vous embrasse tout affectueusement.

P. Collot

Votre lettre a été ouverte.
Certains passages de la lettre
était censurés, mais j’ai deviné
à peu près ce qui était effacé.

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