Il faisait un vent épouvantable, la pluie faisait rage

Aux Armées
Le 11 Octobre 1917

Chers Parents

J’ai reçu Mardi la lettre de Jean qui m’a bien surpris. Je ne me doutais pas que vous aviez subi un nouvel arrosage si efficace (entendons-nous !).
Quand donc mettra-t-on un frein à la fureur … des airs.

J’espère que depuis ce temps, vous êtes tranquilles. Il doit faire à Bar comme ici un temps franchement mauvais. Je suis à même d’apprécier la température, car les gardes se succèdent presque sans interruption. Une nuit sur deux on est dehors.
L’autre jour, j’étais de garde dans une poudrière. Il faisait nuit comme dans un four, et quand, à 10 heures du soir, je vais relever, je ne voyais pas à 2 mètres devant moi. J’ai été obligé de chercher à tâtons la guérite ; je ne l’ai trouvée qu’à l’aide de mon flingue que je portais en avant de moi, il s’est cogné dedans et alors, j’ai pu prendre place dans mon domicile de 2 heures. Il faisait un vent épouvantable, la pluie faisait rage, enfin le temps était tellement abominable, que la pauvre guérite tremblait pour ainsi dire… de toutes ses planches, et peu s’en fallait qu’elle ne s’écroulasse sur moi. Vous voyez combien la garde est intéressante : 2 heures paraissent 2 siècles. On n’en voit pas la fin. Quand elle arrive toutefois, on est transi, et on a juste le courage pour aller pioncer quelques instants sur une malheureuse paillasse. On ne regarde pas alors si elle est dégoutante, et si les totos ( ?) s’y folâtre gaiement. On enfonce son béret sur ses oreilles, on ramène sa boite à masque sur ses jambes, et tout équipé on s’endors du sommeil de la brute, dont on est du reste bientôt tiré par quelques vigoureux gnons, et de sourds avertissements : « Debout le gars, c’est ton tour ». On se lève d’un bond, on empoigne un flingue et l’on part dans la nuit et le vent à la recherche de son poste.
Vous voyez que ce n’est pas très gai. Mais on s’y fait vite, et c’est sans trop rechigner qu’on repique au truc.

A part cela rien de nouveau ; le renfort annoncé est parti sans un type de la 5ème, mais je crois que ma perm arrivera seulement vers les Calendes de Novembre.
Cela commence par devenir agaçant de s’entendre toujours dire qu’on parte en perm au prochain tour sans que jamais cela ne se réalise. Aussi je n’y pense plus. Quand je partirai je le verrai bien, et vous aussi.
J’espère que vous n’avez pas la fièvre abdominale à Bar, comme Jean le fait sous-entendre, et qu’il a voulus blaguer. Je vous embrasse tous affectueusement.

P.Collot

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