Vous me demandez que je vous raconte un peu notre attaque. Eh bien, Voilà

             La bataille de la Malmaison

 
image001.jpg
Aux Armées
le 7 Oct Nov

Cher Parents

J’ai reçu aujourd’hui la
lettre de Jeanne, qui comme
toutes les lettres, a été
la bienvenue. C’est malheureux
mais je n’ai absolument
que cela à lire, pour
un bibliophile les ressources
sont maigres au patelin.
Je m’aperçois que vous
aussi vous avez le même
temps que nous. Temps
triste à mourir, et bien

 image002.jpg ennuyeux pour le poilu qui
loge à la grange. Le vent
siffle par tous les trous ou
l’eau ne coule pas et
rend inconfortable certains
coins de notre domaine.
De plus, avec ces temps
sombres il y fait noir comme
dans un four et il n’y a
pas moyen de faire grand-
chose. Alors on cause
(la conversation devient vite
visqueuse ( ?) et dégoutante), on
fume (quand le « perlot » ne
manque pas. Il est devenu
inconnu au pays et en 2
jours j’ai eu beaucoup de
mal pour fumer une
malheureuse cigarette).
On commence à être ravitaillé
 image003.jpg sur ce point par les soins
de l’administration. Mais
j’ai cassé ma pipe là-haut
et impossible de dénicher
un calumet. Glissez-en une
dans un de vos colis. Il
sera reçu avec plaisir.
Prenez le ni trop grand ni
trop court. Papa vous conseillera.
Je reviens à mon sujet.
On fume, on cause. Mais
la conversation a peu
d’attraits. Ils sont 2 ou 3
Parisiens qui sont toujours à
grogner après tout le monde
et se croient bien malins et
bien supérieurs. Somme toutes
ils ne sont forts qu’en
gueule.
Vous me demandez que je
 image004.jpg vous raconte un peu notre
attaque.
Eh bien, Voilà –
J’ai rejoint le bataillon
à pied depuis la Ferté-Milon
à Aras Ste Rest ???, ou il
était cantonné. Le lendemain
Jeudi, nous sommes partis en
camions pour Braisnes à
15 km de là, et de la nous
nous sommes rendus à pied
avec un barda du diable,
dans une boue fantastique
grandes carrières souterraines
ou nous avons vécu 3 jours.
Un beau soir à la nuit
nous les avons quittés pour
monter en ligne.
Le boulot commençait.

 

image005.png Pour plus de facilité je
vais vous diviser mon séjour
en ligne en 3 parties.

I – La Relève

Vers 9heures du soir, nous
sommes partis avec tout notre
barda. Nous étions la capote
coupée au-dessus des genoux à
cause de la boue. Pas de
vareuse dessous, un chandail
seulement. Nous avions l’équipement
complet et final 2 masques
120 cartouches, 4 jours de
vivres dans une musette, 15
grenades dans une autre, 2
bidons de 2 litres, une toile de
tente en bandoulière et
nécessairement le casque.

 

 image006.png Tout ce matériel pesait
qualques kilos, comme vous
pouvez vous en douter.
Nous partimes en colonne
par un, tout le bataillon
à la file indienne et le défilé
commença dans les chemins
creux tout d’abord et
presque impraticable où la
boue nous montait déjà
jusqu’au-dessus des chevilles
au milieu de l’obscurité
la plus complète. Seulement
dans le lointain, le ciel
se zébrait de sinistres
lueurs rougeâtres qui s’ avivaient( ?)
de temps à autre.
Nous marchions dans le plus
grand silence, déchiré de
temps à autre par de
 image007.png violents coups de canon tirés
tout près de nous par des
batteries masquées. Et au
loin le canon boche répondait.
Mais dans le rang, pas un
mot. On n’entendait que de
temps à autre le cliquetis
d’une baïonnette ou le
bruit mat et sourd d’une
chute dans la boue gluante.
Longtemps on marche ainsi
puis à un moment donné
des sections se séparent et
sous la conduite d’un
agent de liaison, chaque
section s’enfile dans un
boyau différent. La marche
devint alors plus pénible
encore. La boue redoubla
les musettes s’accrochant
image008.png aux parois des boyaux
les fusils se prenant
dans les fils téléphoniques
qui courent au-dessus
des boyaux. On se croisa
avec d’autres sections qui
revenaient. On s’égara,
on pataugea pendant
2 heures. Enfin, après avoir
ainsi trotté de part et
d’autre, on arriva à la
tranchée assignée.

Inutile de vous dire que
au fur et à mesure de
notre avancée, le canon
tonnait plus fort, les lueurs
s’avivaient, et que déjà
balles et obus sifflaient.

J’en resterai là
aujourd’hui. J’ai terminé
 

 image009.png cette première période
de la Relève qui m’a
beaucoup impressionné
ou plutôt ému par
sa note lugubre et
triste.
Dans ma prochaine lettre
si cela vous intéresse je
vous parlerai de la vie
en ligne, ce qui sera
ma 2ème partie.

 

Je vous embrasse tous
affectueusement

 

P. Collot

P.S. : Si vous voulez découpez comme
??? faisiez à St Sigisbert les en …
de la ???. Impossible d’avoir un
Journal

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