L’attaque IV (suite et fin de la lettre du 7 novembre 1917)

 image027.png L’attaque IV

Nous partîmes donc, presque
rasant le sol, culbutant dans
les trous d’obus, nous prenant
dans les barbelés, à la lueur des
fusés que les Boches méfiants
nous envoyaient pendant que
devant nous nos obus tombaient
par rafales. Le tir s’allonge
peu à peu, nous suivions pour
ainsi dire pas à pas, quand
tout d’un coup la vague
s’arrêta. Je me demandais bien
pourquoi, quand tout à
coup on entendit claquer

 image028.png quelques coups de fusil et
de revolver, et qu’à côté de
moi on criait : « Des grenades
vite ». Une ou deux éclatèrent
puis j’entendis l’aspirant
crier « Ne tirez pas », alors
surgissant de dessous terre
une quarantaine de Boches
affolés apparurent en criant
« Kamarades, pardoun, Bonnes
Françouses ». Nous les fîmes trotter
vers nos lignes en les menaçant
de nos baïonnettes. Alors, docile,
le troupeau s’éloigna en
hurlant dans la nuit, vers
 image029.png l’arrière . Mais le jour se levant
et à la clarté diffuse du petit
jour, je m’aperçus que nous
étions dans une sorte de fossé
très évasé et peu profond, dont
les parois étaient percées de
trous ; c’étaient des entrées de
sape, et c’était de là que
les Boches étaient sortis. Surpris
par notre arrivée, du fond de
la sape, ils avaient tiré quelques
coups de leurs Mausers, mais
nos grenades avaient eu raison
d’eux, et pris dans leur
souricière, ils s’étaient rendu
sans plus résister.
Aussitôt après leur départ
 image030.png Nous fîmes une rapide
perquisition : on trouva des
mitrailleuse qui furent mises
en batterie, des caisses
de grenades que nous plaçames
à notre portée.
Nous étions bien occupés à ce
travail quand des balles se
mirent à miauler à nos oreilles
pendant qu’on entendait le
sinistre tic-tac d’une mitrailleuse.
c’étaient les Boches qui, du
fort de la Malmaison, nous
prenaient d’enfilade. Les
zouaves en effet sortaient
seulement pour l’assaut
 image031.png quand depuis longtemps nous
avions atteint nos objectifs.
Alors, tout de suite, avec nos
outils, et tout ce qui se trouvait
sous nos mains, nous approfondissions
la tranchée, relevâmes les parapets
pour nous garer de ces
mitrailleuses, qui du reste se
turent bientôt, les Zouaves
ayant d’un magnifique
élan, emporté le fort.
Cependant, pendant que
nous organisions nos tranchées
les autres sections du bataillon
enjambant notre tranchée
 image032.png s’élançaient plus loin
sur les autres positions Boches,
les fameuses carrières. Là elles
furent obligées de s’arrêter,
les Boches engageant un
furieux corps à corps.
Les blessés affluèrent dans
notre tranchée, venant de
l’avant, pendant que l’arti-
llerie boche se ressaisissant
commençait à marmiter notre
tranchée. Nous continuâmes
malgré tout notre travail,
veillant et en même temps
organisant la position.
 image033.png Je ne m’en faisais pas
et après avoir tranquillement
cassé la croute, je travaillais
comme tout le monde.
Je m’étonne maintenant
de mon calme et de ma
rapide adaptation aux circonstances
qui pourtant étaient peu
banales.
Devant nous, le combat était
arrêté, les boches tenant bon
dans leur carrière, et les
sections étant bien disloquées.
Elles s’organisèrent alors
dans des trous, en attendant
le signal d’un nouvel
 image034.png assaut.
La matinée se passa ainsi à
travailler sous le marmitage
pendant que le combat
continuait à gauche et à
droite beaucoup plus facile.
Le Capitaine vint alors avec
la liaison et installer son
PC dans une sape boche
de notre tranchée. C’est là
que j’eus l’occasion de me
retrouver avec Collardelle que
je n’avais pas revu depuis
avant la relève et ce fut
un puissant réconfort pour
nous deux de nous retrouver
réunis.
171107-PC11
 image035.png Mais il manquait Lemaitre
qui était devant nous à une
autre section. « Où est Lemaitre »
Voilà comment tous deux nous
nous abordâmes, ayant eu la
même pensée. J’ai su plus
tard qu’il était tombé ce
matin même devant les carrières
d’une balle en plein front.
Nous en avions la douloureuse
appréhension tous les deux, et
tels étaient les liens de franche
camaraderie, presque de
fraternité qui nous unissait
que nous retrouvant tous
deux au milieu des obus
et sous leur menace perpétuelle
 image036.png Nous avons tout oublié pour
ne penser qu’à lui.
C’est vraiment là-haut
qu’on connait seulement ses
amis !PC
(suite à venir)

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