Volontairement, je me suis jeté dans la fournaise, pour souffrir et payer à mon tour l’impôt du sang, et je tiendrais jusqu’au bout avec l’aide du ciel.

Aux Armées
le 15 Novembre 17

Chers Parents

C’est encore par des remerciements que je commence ma lettre aujourd’hui. Après la pâture physique, voilà la pâture intellectuelle. Je revois à l’instant en effet journaux et revues, et je me fais une fête de lire tout cela. Le temps est tué avec de telles munitions.
Aujourd’hui, par extraordinaire j’ai pu me procurer le journal d’hier et c’est pour y voir encore bien des choses désastreuses. Voilà encore un ministere par terre. Quand nous trouvera-t-on l’homme nécessaire pour mener toute l’entreprise à bien. Car de toutes ces formes gouvernementales, c’est le poilu le dindon.
Le cours de ses souffrances est encore allongé de quelques mois, et on mourra à la peine.
Je ne parle pas pour moi, je suis jeune, débutant dans le métier des armes, et je pense sans récriminer, souffrir et lutter longtemps. Mais quand on a vu ce que c’est que cet enfer, on n’en plaint que plus sincèrement ceux qui depuis 3 ans sont toujours à la tâche.

« Ils ont l’habitude » prétendent certains. Qu’ils aillent donc eux prendre l’habitude de risque 36 fois la mort tous les jours, et de monter perpétuellement un douloureux calvaire.
Encore une fois, ce n’est pas pour mon saint que je prêche. Volontairement, je me suis jeté dans la fournaise, pour souffrir et payer à mon tour l’impôt du sang, et je tiendrais jusqu’au bout avec l’aide du ciel.

Puisse-t-il aussi nous amener l’homme qui déliera ce nœud gordien !

C’est je crois, plus que le vœu, plutôt la supplique de tous.

Mais il me semble que je sors un peu de mon cadre, revenons à nos moutons comme disait le judicieux Père Ditte.
D’après ce que j’ai pu entendre nous ne sommes plus ici pour bien longtemps. Nous irions, raconte-t-on, faire les routes du coté de D ???; En avant truelles et pioches !

Cela n’empêchera pas les permissions.
Soyez patients ! Peut-être vous y gagnerez ! Je veux l’espérer.
Je pensais recevoir aujourd’hui une lettre de Bar, ce sera sans doute pour demain et je vous répondrai en même temps que je vous enverrai la suite de mes impressions.
Ce soir, après la soupe nous avons représentation Théâtrale.
Je vous en donnerai des nouvelles.
A propos, c’est ad ??se, mais c’est arrivé, je suis l’objet d’une offensive des totos. Cherchez moi un préservatif, je suis trop malheureux !

En ce moment, nous avons un temps beau et froid. J’espère que malgré cela les boches ne vous embêtent pas trop.
Je vais me délecter avec votre culture, aussi je vous quitte en vous embrassant tous affectueusement.

P.Collot

 

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