En voyant le bon feu qui ronflait dans le poêle j’ai philosophiquement allumé une pipe

Aux armées

Le 26 décembre 17

Chers parents

Vous allez trouver sans doute que ma lettre est en retard mais ma foi c’est la faute aux circonstances.
Depuis ma dernière lettre pas grand-chose de neuf.

Lundi matin, je suis allée avec deux à trois autres, vadrouiller sur les hauteurs pour cueillir des balais de genêts. Je n’étais pas très enthousiasmé, car les genets tout engivrés nous communiquaient bien peu de chaleur.

Le soir, nous sommes allés faire de l’alpinisme sur les hauteurs. Cela consiste à monter, toute la compagnie à la file indienne, sur les sommets couverts de neige, par les chemins les plus directs mais aussi le plus ardus et à redescendre par une pente à pic à travers sapins, genêts et bruyères. Avec le sac et le flingue, cela n’est pas très réjouissant et nous ramassons des galtouses (des pelles, pour le profane civil) en veux-tu en voilà.
Mais c’est assez réchauffant.

25 décembre. Il neige à gros flocons et c’est Noël ! et Bar ne m’as pas vu, comme je m’y attendais. Après deux ou trois corvées j’ai pu m’échapper pour aller entendre un bout de messe (le sermon!); après quoi il m’a fallu courir dare-dare à la soupe si je ne voulais pas me brosser. Comme extras :  deux plats de fayots supplémentaires, et 2 Kugelhofs (O Prodigalité !) qui ne rappellent que de très loin les plantureux sujets qui sortent des mains de Maman !

J’ai reçu la lettre de Nette que j’ai lu en buvant un jus, et en mordillant un cigare. Merci ! Delphine!

Ensuite, je suis allé dévotements entendre  les vêpres. La cérémonie n’avait rien de merveilleux et malheureusement pas de « Minuit chrétien ».

Je me suis promené un peu avec le type de Bar dont je vous ai parlé, puis, je me e suis dirigé vers la soupe (1/4 de vin supplémentaire).  Après avoir avalé la dite soupe, les autres s’étant eclipsés, je suis resté seul au Baraquement avec un autre.

En voyant le bon feu qui ronflait dans le poêle j’ai philosophiquement allumé une pipe, et je me suis assis au coin du feu et ai entamé la conversation avec le poilu qui restait. Nous avons liquidé un « Kile » de pinard puis comme le feu se consumait lentement , faute de ravitaillement nous nous sommes dirigés vers nos « bois de lit ». Car nous avons de vrai « bois de lit » : un bat-flanc sur lequel nous couchons, et 1 mètre au-dessus, deuxième bat-flancs,  étage supérieur. Nous sommes donc dans d’espèce de cases: véritables bois de lit.

Nous avons donc occupé les susdites, soufflé la « camoufle » et nous sommes partis dans le monde des rêves, achevant ainsi bien simplement une des grandes fêtes de l’année !

26 décembre 17
Matin, branle-bas dans la compagnie revue par le général dans la baraque. En 5 secs on s’attifait, on astique, on attendit le Gêneral qui ne vient pas naturellement, jusqu’à la soupe.

Le soir: alpinisme, soupe, je vous écris !

« De quoi demain sera-t-il fait ? »

De pas grand-chose, sans doute, comme aujourd’hui. On attendra la perm, la montée et la fin de la guerre. On ne s’en fera pas.

Je termine cette lettre et vous envoie « l’Esprit du corps » où il y a des photos du secteur que nous occupâmes en septembre.

Affectueusement à tous. .d

P.Collot

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