Nous allons déguerpir pour une autre destination; voilà en effet un mois que nous nous tournons les pouces.

Besançon le 30 décembre 17

Chers parents

Avant de quitter la capitale franc-comtoise, je vous envoie cette courte missive. Nous avons été relevés aujourd’hui de notre service par une autre compagnie, et demain, nous retournons au petit patelin d’Arpenans, notre ancien cantonnement, retrouver les camarades. Y resterons-nous longtemps ? Je l’ignore ; pourtant tout porte à croire que nous allons déguerpir pour une autre destination; voilà en effet un mois que nous nous tournons les pouces.

J’ai reçu avant-hier la lettre de Jeanne, merci. Nous allons avoir maintenant un service postale plus régulier : tant mieux !

Je vous ai décrit avant-hier l’affreuse ennui dans lequel je barbotais. Cela n’a pas duré heureusement.

Jeudi, on m’a encore donné congé, comme un petit garçon. Je n’ai pas eu de fausse honte j’ai empoché sans broncher.

Je me trouvais plus heureux que la veille. J’avais un but, invité en effet chez Gaussot pour jeudi, Mme Gaussot devant rentrer ce jour-là. Je me suis rendu, et j’ai trouvé Marie avec toute sa nichée en train de récurer et de trimer en prévision de l’arrivée de sa vénérable aïeule et de Mme Gaussot, qui sont rentrés seulement ce matin. Elle m’a collé un bouquin (« Les Flanchards » de Gyp, très rigolo), et j’ai bouquiné, en tête à tête avec une de ses amies, Marie-Antoinette Coll, à qui elle avait collé un bouquin aussi. Vous voyez qu’on ne fait pas des façons. Nous avons fait un tour, puis dévotement à l’office et vêpres sans façon. Nous nous sommes bien amusés. Marie me disait que c’était tordant d’être sans parents. J’ai été délégué pour recevoir le lendemain à 5h du matin, Madame mère et Madame Gaussot. J’ai fait mes adieux, je savais que je partais et je suis parti. Ce matin à 6h en grande tenue, baïonnette au canon, j’ai reçu ces dames à leur descente de train et je leur ai fait mes adieux. Madame Gaussot mère me regarder d’un air ébahi (elle pensait sans doute à Jean Nelpi, qui remet cela pour mars 1918).

J’espère retrouver votre correspondance à Arpenans et le colis ; j’ai l’eau à la bouche depuis que je sais qu’il y en a un (goulu!). C’est officiel que nous avons la fourragère, nous cousons le bouton pour l’accrocher.

Je vous embrasse affectueusement.

P.Collot

171230_1.png

171230_2.png

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s