Je demande des explications, on me dit  » on va remettre les croix de guerre ».

1er janvier 1918

Pourquoi faut-il que je commence l’année par grincher !
Pourtant, il le faut: mon amour-propre se révolte.
Mon honorable sœur à l’air de me prendre pour « un plat de nouilles, une andouille finie » : «remue-toi donc pour ta perm », etc, etc…
J’aurais beau gigoter devant Pétain, interpeller Clemenceau, renverser le ministère, ma perm n’avancerai pas d’une seconde. Que voulez-vous réclamer ! Je n’y ai pas droit ! Une circulaire ministérielle datée du 1er octobre 1917, dis que les renforts venant de la zone des armées et des dépôts passent à la queue de la liste des perms des bataillons.
Étant dans les susdites conditions tout le bataillon passe en perm avant moi, et je suis la foule. Les 3/4 1/2 du bataillon étant passé en perm, j’irai donc en perm courant janvier seulement, puisque le tour doit être fini pour le 1er.
Pigez-vous, ma sœur !!!

On vous a donc bourré le mou en vous disant que j’avais le droit de réclamer. Je n’en n’ai pas le droit. Ici, il n’est plus question de 4 mois, on part quand c’est son tour, s’il y a 2 mois tant mieux, s’il y en a 6, tant pis.

S’il y avait un moyen de réclamer, il y a belle lurette que je l’aurais fait, car j’ai une fameuse envie d’aller en permission, au moins aussi grande que vous de me revoir.

Mettez cela dans votre poche, ma sœur, avec votre mouchoir par-dessus, et préparez-vous à recevoir dignement votre frère quand il radimera.

Un chasseur courroucé.

P.

Chers Parents

1917 s’est fini sans tambour ni trompette et je vous écris.
La cérémonie n’a rien eu un d’imposant. Je me suis levé à 9h, on a fait chorus de vœux et de souhaits, et pour commencer, j’ai empoigné le balais pour balayer la piaule, (car nous ne sommes pas en ligne ma mère!).
Pendant que je travaillais avec zèle, un sous-off entre en trombe…
…. Et bien! Collot, vite en tenue capote et équipement et radine.
Ahuri, j’obéis; je sors, on m’enrôle sur une ligne de type et on attend.
Je demande des explications, on me dit  » on va remettre les croix de guerre ».
Presque aussitôt, arrive le commandant avec son état-major, et en une cérémonie tout intime nous décore.
Le capitaine lui a expliqué mon histoire et patati et patatas. Le commandant m’a accroché le truc, félicité, serré la louche et ce fut tout.
Quand tout le monde fut passé on rompit les rangs.
C’était charmant dans sa simplicité.
Et depuis, ma vareuse s’orne de la Croix de Guerre avec étoile d’argent.
Vos étrennes, Chers Parents!

L’ordinaire a été amélioré aujourd’hui et dans sa monotonie le Nouvel An se distinguent un petit peu des autres jours.
J’ai reçu dimanche, la lettre de maman qui m’a bien fait plaisir et aujourd’hui, la lettre de Jeanne. Merci !

Il fait beaucoup moins froid maintenant. Heureusement car le pain était gelé et immangeable. Nous le coupions à la hache, et le pinard de même. Et les nuits étaient grelottante.

J’espère que vous allez tous bien et je vous embrasse affectueusement en attendant le jour, prochain, je l’espère où je vous reverrai.

 

P.Collot

 

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