Ah ! Quel cafard j’aurais si je ne me retenais

Aux armées
Dimanche 2 février

Chers Parents

Ce matin, en sortant de la guitoune, après 5 minutes de réflexion, je m’aperçus que c’était aujourd’hui dimanche et comme d’habitude je fus grognon tout de suite en comparant ces dimanches du front avec les autres beaux dimanches que je me remémore toujours avec une pointe de mélancolie. C’est le seul jour que je ne puisse pas gober qu’on fasse la guerre, surtout quand il fait aussi beau aujourd’hui et qu’oubliant le cataclysme qui agite notre pauvre terre la nature se montre sous ses plus beaux appâts.

Ah ! Quel cafard j’aurais si je ne me retenais et si je ne réagissait pas, surtout quand je songe que je pourrais être parmi vous en bonne et due permission.

Je pensais partir aujourd’hui car le tour reprenait, mais il n’est parti que 3 poilus en date du 16 octobre et je suis du 18. Vous voyez que la marge rétrécit sensiblement et que bientôt je pourrais prendre le « dur » d’assaut et débarquer triomphalement dans notre pauvre Bar.
J’ose espérer que cette semaine comptera ce beau jour ou tout au plus la semaine suivante.
Toutes les nuits j’en rêve…
Quand le « bon cauchemar » est en train et que je me crois parmi vous ; une voix caverneuse crie soudain dans la cagna ténébreuse, « Hop ! Collot debout ». Je me dresse en sursaut en heurtant  les poutre de mon rustique plafond, ne songeant guère à la réalité. Je reprends mes esprits et bondit alors dans la nuit vers la porte ou je relève le copain, qui vous encourage presque toujours d’une petite phrase de ce genre :  » Mon vieux on gèle et on ne voit pas à 2 mètres devant soi.  Je te souhaite du plaisir ».
Alors on s’installe avec une sage lenteur dans la logette, on vérifie si le fusil marche, si les grenades sont à portée, et on se met à « gaffer » par le créneau. Les sens  travaillent alors: l’oeil se fixe droit devant dans les barbelés, l’oreille reste tendu, et bien souvent la « folle du logis » ou plutôt de la « logette » vous emporte en de nouveaux rêves tout éveillés.
Pour moi, je reprends mon film « où je l’ai laissé » et les 2 heures passent vite ainsi.

Souhaitons que le film se réalise bientôt

Je termine en vous embrassant tous bien affectueusement.

P.Collot

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