Comme nous allons bientôt monter, je voudrais aussi faire quelques achats pour là-haut : 21 jours de ligne réclament des provisions !

Aux Armées
le 6 mars 18

Cher parents

Ce soir je ne sais commenta employer mon temps, aussi je me mets à la correspondance.
Et je ne veux pas la commencer sans vous en faire profiter. Pourtant la journée n’a pas été plus fertile en évènements.
J’ai reçu aujourd’hui la lettre de Jean qui m’a fait bien plaisir. Pourtant il m’a gravement offensé. Il me dit que je fais la bombe de tous les cotés et me reproche presque de ne pas avoir le cafard. Qu’il sache que si je voulais, je l’aurais. Il faut se retenir et se cramponner pour ne pas glisser sur la pente démoralisante. Qu’il sache aussi que là où j’ai fait la « bombe », je ne m’y suis plu que parce que c’était plus simple et très en famille. Ce n’a été pour moi qu’un pâle reflet de cette délicieuse perm. ! Ah ! Ces permissions !

Quelle joie quand même de se retrouver au milieu de tous ceux qu’on aime dans un cadre familier. Je revis ces douces dernières heures quelque fois, par la pensée tout au moins. Car au présent, quel contraste ! L’autre jour, je rêvais que j’étais encore à Bar, quand de formidables éclats de voix me réveillèrent. C’étais mon voisin de grabat qui aimablement me hurlait dans les oreilles. « Eh, m.. gros c.. tu te réveilles ? Voilà le jus ! » .
Cette brutale apostrophe m’a rappelé tout de suite à la réalité, et c’est avec un léger soupir que je me levais sur mon séant et tendais mon quart pour le jus.
Vous avouerez que le rêve était brisé un peu trop gaillardement !
C’est le soir surtout, après la soupe, quand le jour tombe et que je fume placidement ma bouffarde devant la porte que je me transporte au foyer. Et le voyage continue souvent toute la nuit !
Je suis comme le lierre, « je meurs où je m’attache ». Aussi n’ai-je rien à craindre au front !

La photo de Pierre Schwartz m’a beaucoup intéressé. C’est un chic cliché à conserver.
A propos de clichés !! Je reçois aujourd’hui une lettre de Pangre qui me demande ma photo. J’en aurai encore quelques exemplaires à placer à des copains : cela leur fera plaisir !

Aussi je compte sur une de mes frangines ainées pour m’en tirer quelques une au vélose ( ?)..
Merci d’avance.

Je profite aussi de cette lettre pour vous confier la détresse de mon portemonnaie qui ne contient plus qu’un arriéré de prêt que j’ai eu la chance de toucher. Ce n’est pas que j’ai besoin de « pèze » : j’arrive facilement à m’en passer personnellement mais les copains qui sont souvent fauchés en pâtissent. Ils se baladent dans la cagna comme des lions en cage en attendant une invitation, ou la provoquant.
Comme nous allons bientôt monter, je voudrais aussi faire quelques achats pour là-haut : 21 jours de ligne réclament des provisions !
Toujours rien de neuf pour le concours d’E.A.. J’attends !!
Et en attendant, je termine en vous embrassant tous bien affectueusement.

 

P. Collot

 

P.S. Sur la lettre que j’ai reçu aujourd’hui, Papa avait oublié de mattre la Cie sur l’adresse.
Oubliez le moins possible, car cela retarde les lettres ou les égare.

 

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