J’ose espérer que l’année prochaine, Pâques de 1919 nous verra réunis

Le 29 Mars 1918

Chers Parents

Vous devez vous demander ce que je fais après l’abondance de lettres de la semaine dernière, un arrêt de correspondance de 4 jours !!

En voilà la cause : j’ai rejoint le bataillon et c’est des lignes que je vous écrit. Le voyage a duré 2 jours, car je l’ai fait à pied. Cela fait une quarantaine de km environ, et aux étapes, j’étais trop fatigué pour écrire.

Aujourd’hui, que je suis installé et bien en train, je vous écris. J’espère que vous êtes toujours tranquille à Bar et que les avions ou un canon monstre ne vous ennuient pas.

Que dites-vous de cette formidable attaque ? J’espère qu’à l’heure qu’il est on s’est ressaisi et qu’on tient. D’après les bruits qui courent, et à mon idée, je sens que les rives de la Somme vont nous voir un jour prochain. Du moins, cela n’aurait rien d’extraordinaire qu’une division de char court ( ?) à la Bataille.

Bien que cela nous représente de dures journées à passer, je serai heureux d’y aller et je n’ai qu’une peur, c’est que ce cours de chef de section m’empêche d’y prendre part.

Nous avons encore de terribles heures à vivre. Enfin, arrivera ce que le ciel voudra.
Pour le moment, les perms sont suspendues, et l’envoi de colis aussi. Conséquences inévitables, mais que les poilus ont l’air d’assez bien encaisser. Mais il ne faudrait pas que cela se prolonge trop longtemps, car le moral baisserait.

C’est aujourd’hui le Vendredi Saint, et pour commencer, je viens de manger de la viande. Conséquence inévitable de la guerre, et dont le Ciel ne nous tiendra pas rigueur. Le Calvaire existe en effet pour nous à peu près tous les jours. Quand vous recevrez cette lettre, ce sera Pâques, ou même ce sera passé. Malgré ce que Papa avait pu espérer, ce sera des tranchées que je fêterai Pâques.
La 2ème fois que cette fête ne me voit plus parmi vous. Que de chemin parcouru ! Que de temps écoulé depuis la 1ère fois ! J’ose espérer que l’année prochaine, Pâques de 1919 nous verra réunis et que tout au moins, nous fêterons les glorieuses Pâques de la victoire.

Cette année ce sont des Pâques souffrantes, l’an prochain ce seront des Pâques triomphantes.
Ecrivez-moi à l’adresse de toujours, au Bataillon, les lettres envoyées auparavant au CID suivront. Je termine ma missive en vous embrassant tous comme je vous aime.

 

P.Collot

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