Quand il fait beau et que je vois s’auréoler d’un peu de soleil les restes de verdures éparses sur les arbres mutilés…

En ligne le 7 Août 18

 

Chers Parents

 

Je rouvre ma lettre d’hier, j’avais oublié de la donner, et comme un contre ordre est arrivé et que nous ne montons que ce soir et pour trois jours, j’en profite pour vous écrire plus longuement…. Pour trois jours aussi.
Tout d’abord, je vous dirais que cela ne va guère, je suis découragé à tous les points de vue. Quand la nuit tombe, je tombe aussi dans un cafard formidable qui est du « spleen » mélangé de je ne sais quoi. Quand il pleut et que cela flotte dans mon trou, je pense malgré moi au confortable de notre « chez nous ». Quand il fait beau et que je vois s’auréoler d’un peu de soleil les restes de verdures éparses sur les arbres mutilés, je pense aux ombrages du bois, aux bonnes journées passées. Tout est contre moi et dans un sens comme dans l’autre, je tombe dans le cafard… : triste conséquence d’une trop bonne perm, trop vite passée. Et puis surtout, ce qui me décourage, c’est cette guerre dont on ne voit pas la fin ! J’ai beau me raisonner, chercher à me convaincre, c’est plus fort que moi. Je crois que c’est un peu le contre-coup de notre équipée de l’autre jour sur les lignes boches. Et pourtant cela devrait être pour moi une raison de plus d’avoir confiance, puisque j’ai été si providentiellement protégé. Priez beaucoup pour moi, pour que cela continue, et pour que je sorte de ces vapeurs méphitiques du cafard où je m’étouffe et que je redevienne comme avant : ces tortures morales sont affreuses.

J’ai reçu hier la lettre de Guite : je ne comprends pas pourquoi ma lettre a été taxée. On avait sans doute oublié d’y mettre le cachet du secteur.
Vous avez dû vous dire que mon chiffon ne valait pas six sous. Vous comprendrez maintenant pourquoi mes lettres étaient si « à-plat » comme à moi. J’ai réagi aujourd’hui. J’espère que vous ne me tiendrez pas rigueur : écrivez-moi plus longuement de grandes lettres, je tacherai, ou plutôt, je ferai de même.
Dans une prochaine lettre, mettez-moi quelques photos, pour remplacer celles que j’ai perdues avec mon portefeuille.
Je termine. Priez beaucoup pour moi, je prie avec vous. Ecrivez-moi longuement, je ferai de même. Je vous embrasse de tout mon cœur, comme je vous aime.

 

P.Collot

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