Après un violent bombardement, l’attaque a commencé, et j’ai suivi l’avance à distance

Le 9 Août 1918

 

Chers Parents

 

Je m’empresse de vous écrire pour vous rassurer et vous montrer que je suis toujours en vie. Vous avez dû voir par les journaux qu’il avait eu « bagarre » dans notre secteur, et peut-être vous êtes vous fait du mauvais sang ? C’était inutile, puisque me voilà.
3 heures après que je vous avait écrit ma dernière lettre, on nous faisait mettre en tenue et au lieu de monter en ligne on nous engouffrait dans une sape boche toute proche. Là, on m’apprend (5 heures avant) qu’on allait attaquer et qu’avec 30 poilus j’étais chargé d’établir la liaison par relais de coureurs entre le commandant du 64° bataillon et le colonel commandant notre groupe. De suite, je pars avec mes poilus. Après avoir « bago ?é » pendant des kilomètres à travers le bled dans la nuit je trouve en effet le P.C. du colon et j’établis la liaison jusqu’au commandant du 64. Ce n’était pas une petite affaire, mais enfin, je m’en suis bien tiré.
Après un violent bombardement, l’attaque a commencé, et j’ai suivi l’avance à distance, établissant ma ligne de coureurs en terrain conquis. Je suis arrivé ainsi jusqu’au bout de Moreuil, à peu de distance des vagues d’attaque. Le P.C. du 64° étant établi dans le château de Moreuil ou plutôt dans ce qui reste du château, car nos obus l’ont bien arrangé et je suis resté là jusqu’à 11 heures du soir, passant une partie de mon temps à fouiller dans les fatras boches, etc…

N’ayant rien à faire un moment, et mourant de faim, de soif, de fatigue, pour passer le temps, je me suis mis en mesure de déchiffrer un journal boche et, croyez-moi si vous le voulez, je suis arrivé à traduire la majeure partie d’un grand article sur la guerre. C’était intéressant. C’était la première fois de ma vie que le Boche me faisait passer agréablement le temps !!

Je suis resté ainsi à remplir mes fonctions jusqu’à ce matin à 5 heures, où on m’a fait revenir avec mes poilus pour rentrer à l’arrière, au repos, pas encore très loin de la bataille. La division est en effet relevée. Moreuil, grand patelin comme St Dizier, est dans un bel endroit, à refaire complètement ou à raser de la carte. Le difficile pour le prendre était de passer la rivière qui est assez large. Enfin tout s’est très bien passé : les Boches ont été aussi surpris … que nous. Le secret étant bien gardé. Ma section avait été mise un peu à l’abri à cause de la petite affaire que je vous avais conté, et qui argotement parlé, s’appelle « un bese des gaz »( ?).

Le plus beau résultat de l’attaque à mon point de vue, c’est qu’on vient de me rapporter mon portefeuille perdu l’autre jour dans les lignes boches. En avançant, un poilu l’a retrouvé, et renvoyé à ma compagnie en se payant lui-même avec le contenu, en tant qu’argent. On ne peut pas tout avoir ! Mais c’est un portefeuille qui pourrait se vanter d’avoir été loin, s’il n’était désormais hors de service, tout détrempé et déchiré.
J’ai reçu ce matin la lettre de Jean, Merci ! Quand vous pourrez, envoyez-moi un peu à becqueter avec mon pain qui est bien sec, et que je ne peux en aucune façon rafraichir.

Je crois que nous sommes pour une quinzaine tranquille. C’est mieux, on en a besoin.

Je termine en vous embrassant bien affectueusement.

P.Collot

 

P.S. : Mon cafard s’est évanoui. Il n’y a rien de tel que des trucs comme cela pour l’arrêter.

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