Je commence à entrevoir le commencement de la fin de cette guerre.

Le 7 septembre 18

Chers Parents

J’ai reçu hier un volumineux courrier de trois lettres : celles de Papa, de Jean, et de Jacques, qui ont été toutes les trois accueillies avec enthousiasme.
Je remercie Papa de la « finance » qui commençait à se faire bien sentir par son absence.
Ce n’est pas qu’on dépense ici, seulement le vin rembou ??? qu’on touche avec l’ordinaire, mais je craignais d’arriver au repos le gousset vide, cela eut été ennuyeux, car c’est justement à ces moments-là que le besoin se fait le plus sentir.
Dans ma dernière lettre, je vous photographiais notre situation tactique et matérielle.
J’avais à peine clos ma lettre, qu’on fait passer l’ordre « En tenue d’assaut ». Sans trop d’entrain, ce qui est assez compréhensible après 8 dures journées et deux fortes attaques, nous nous équipons et l’on part.
On entendait plus un coup de canon, ni de mitrailleuse, cela nous étonnait fort. Un bataillon part en première vague et nous suivons derrière, descendant ce fameux ravin si redouté et remontant de l’autre côté sans rencontrer âme qui vive. Les Boches, fatigués de nos attaques, épuisés par nos efforts surhumains (je peux le dire sans nous vanter) avaient « mis les cannes » et nous laissaient le champ libre. Nous avons repris le contact à 2 km de là, sur un plateau dominant l’Ailette, et là nous marquons le pas. Le bataillon, qui avait le plus souffert et enduré de la division ces jours derniers est en réserve, et voila deux journées que nous coulons assez tranquilles de bons abris. Le bataillon a fait plus que son devoir et on parle bien vaguement de nous donner la « jaune ».
Je crois bien que ce n’est pas malgré tout pour cette fois. Nos pertes ont été assez sensibles, surtout pas mal de blessés, et il restait autant de poilus au bataillon que de pièces de vingt sous sur mon livret de caisse d’épargne. Mais c’était des blessés surtout qui composait le déficit.
Avec ma blessure, j’aurais pu être évacué, et être ainsi en posture d’attraper vingt jours de perm dans une huitaine. Beaucoup ont été évacués qui avait moins que moi. Mais, si enchanteresse que soit cette perspective, j’aime mieux rester, puisque je tiens debout et ne souffre pas plus que cela, et j’écrirais comme Gallieni « jusqu’au bout ». Je n’y aurais du reste pas grand mérite.
Je souhaite que les pronostics des Yankees se réalisent pour notre région.
Je commence à entrevoir le commencement de la fin de cette guerre. Il est à souhaiter que cela finisse en apothéose.
Je termine, merci encore de vos lettres, je vous embrasse tous bien affectueusement.

P.Collot

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